
Rejeter l’un de ses parents : ce qui se joue parfois derrière
Je reçois très régulièrement des messages de parents démunis, inquiets, parfois blessés, qui me disent : « Mon enfant rejette son père », « Ma fille ne veut plus de moi », « Il ne supporte plus que ce soit moi qui m’en occupe ». Pour l'avoir vécu, je sais à quel point cela peut-être difficile au quotidien.
Ces situations sont douloureuses. Elles viennent toucher l’amour, la légitimité, la place. Et pourtant, dans la grande majorité des cas, ce que l’on appelle rejet n’en est pas réellement un.
Derrière ces comportements, il y a souvent des croyances, propres au vécu de l’enfant. Voici quelques exemples.

1. Des événements vécus directement par l’enfant
Un enfant peut manifester un éloignement ou une opposition à un parent suite à un événement précis de sa vie.
• Une séparation précoce
Cela peut être une hospitalisation à la naissance, un séjour en néonatalogie, une séparation mère-bébé, un parent absent les premières semaines ou les premiers mois. Même lorsque l’adulte estime que « tout s’est bien passé », l’enfant, lui, peut avoir enregistré une rupture de lien, une peur, une insécurité.
L’enfant ne rejette pas le parent : il se protège de la douleur de la séparation initiale.
• Une situation mal interprétée
Les enfants comprennent le monde avec leur logique d’enfant, pas avec celle des adultes.
Un parent fatigué, déprimé, moins disponible émotionnellement peut être perçu comme un parent qui ne veut pas de lui. Une colère ponctuelle, une parole dite sous le coup de l’émotion, une absence répétée peuvent être intégrées comme une forme de rejet, même si ce n’était absolument pas l’intention.
L’enfant agit alors comme s’il devait se défendre d’un danger affectif.
• Les questionnements autour de la grossesse, du sexe
Lorsqu’un parent s’est posé la question de poursuivre ou non la grossesse, lorsqu’il y a eu de la peur, du doute, de l’ambivalence (ce qui est humain et fréquent, l’enfant peut en garder une trace inconsciente.)
Il peut alors porter cette mémoire et se dire très inconsciemment « Je n’étais pas vraiment désiré, mon parent ne voulait pas que je vive ».
Il en va de même lorsque l’enfant était désiré d’un autre sexe. Même si cela n’a jamais été formulé, même si l’amour est bien présent, l’enfant peut capter ce décalage et l’intégrer intérieurement.
Plus tard, l’enfant peut manifester une forme de distance, de provocation ou de rejet apparent envers ce parent, comme une tentative inconsciente de faire reconnaître cette blessure
Ce n’est pas de la vengeance consciente, mais une tentative de réparation.
• L’accueil à la naissance
Un parent submergé, choqué par l’accouchement, en difficulté émotionnelle ou psychique peut avoir été moins disponible dans les premiers instants. Là encore, l’enfant peut avoir intégré une insécurité relationnelle qui s’exprime ensuite dans le lien.
2. La loyauté invisible à l’autre parent
Parfois, ce qui se joue dépasse complètement l’histoire personnelle de l’enfant. C'est une situation extrêmement fréquente lors des séances en Communication Intuitive. Les loyautés invisibles sont difficiles à déceler. Prendre le temps d’écouter ce qui se joue dans l’inconscient de nos enfants est une réelle clé de compréhension, pour eux comme pour nous.
L’enfant ne rejette pas un parent contre lui, mais pour l’autre. Et là, tout fait sens.

• L’enfant qui sécurise un parent
Lorsqu’un enfant perçoit consciemment ou non qu’un parent est fragile, triste, seul, en insécurité affective, il peut chercher à le sécuriser en se collant à lui.
Cette loyauté peut aller jusqu’à mettre à distance l’autre parent, non pas parce qu’il ne l’aime pas, mais parce qu’il sent qu’il doit protéger le premier.
Dans ce cas, le rejet est une stratégie de survie émotionnelle, pas un manque d’amour.
• Réparer l’enfance de son parent
Si un parent a perdu l’un de ses propres parents lorsqu’il était enfant, s’il a vécu un abandon, un deuil précoce, une carence affective, son enfant peut inconsciemment chercher à combler ce vide.
J’ai reçu de nombreux enfants dans ce type de situation. Lorsqu’un père (ou une mère) a perdu l’un de ses propres parents très jeune, l’enfant peut développer un lien extrêmement fusionnel avec ce parent. De fait, il se met alors à distance de l’autre parent.
L’enfant n’est pas dans le rejet de la mère, mais dans une tentative inconsciente de réparer la blessure du père.
• Des fidélités familiales invisibles
On retrouve parfois des schémas répétés sur plusieurs générations :
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Des enfants qui prennent la place de conjoint émotionnel
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Des alliances exclusives parent/enfant
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Des exclusions symboliques d’un des parents
L’enfant est alors pris dans une loyauté qui ne lui appartient pas.
Pour conclure
Lorsqu’un enfant semble rejeter l’un de ses parents, il ne le fait pas contre le parent. Il le fait pour sa sécurité intérieure, pour réparer, pour protéger, pour rester loyal.
Comprendre ce qui se joue permet souvent d’apaiser le lien, sans forcer l’enfant, sans le contraindre, mais en restaurant les places et les histoires là où elles doivent être.