
Toute la Radiesthésie - Maurice LE GALL
COMMENT JE SUIS DEVENU RADIESTHÉSISTE
Le 28 juin 1940, étant prisonnier de guerre à l’Oflag IV D, j’assiste à une conférence du capitaine Ch… sur le sujet suivant :
RADIESTHÉSIE : Les détecteurs anciens et modernes.
Pendant une heure et demie j’entends des récits de « détections » remarquables effectuées avec la baguette de coudrier ou de baleine. Les explications données par le conférencier, capitaine du génie, sont vraiment désagréables à entendre pour ceux qui connaissent les sciences physiques : « On fait des baguettes de coudrier parce que le coudrier a une longueur d’onde de 9 mètres, comme l’or… tout corps émet des radiations colorées et un champ électrique… les obus anglais émettent des radiations violettes, les allemands jaunes et les français rouges… la baguette fonctionne en se relevant sous l’action du champ magnétique produit par l’eau ou par l’or… on neutralise les radiations en plaçant sur le sol un objet en fer, une clef par exemple… ».
Le capitaine Ch…, fervent de la baguette, dénie tout pouvoir au pendule, considérant ceux qui s’en servent comme des charlatans ou des hallucinés.
Je sors de cette conférence, dégoûté d’avoir perdu mon temps ; j’ai le sentiment que ce capitaine est probablement un excellent opérateur qui ne comprend rien à ce qu’il fait (comme un technicien de l’électricité qui manierait des appareils sans connaître la nature des phénomènes qu’il déclenche). De plus, il est regrettable que sa conférence ait indisposé un auditoire très varié au point de lui inspirer des sarcasmes pour la radiesthésie en général, mêlés de pitié à l’égard de ses adeptes.
C’est à la porte de la baraque que j’ai pris une décision rapide que vous ne pouvez pas comprendre si vous ignorez ma position exacte vis-à-vis de la radiesthésie avant ce 28 juin 1940.
J’avais, à l’égard de la rhabdomancie, de l’usage divinatoire du pendule et des autres arts divinatoires, les opinions professées par MM. Marcel Boll, Guichant, Cuenot et autres hommes de science qui rejettent ces pratiques dans l’occultisme, peu soucieux d’examiner ce que les prétendus radiesthésistes satisfont d’expériences trompeuses ou vérifiées démontrables, de temps en temps, leurs épreuves s’écroulent sous la réalité : toutefois, une expérience irréfutable m’avait appris qu’un homme, muni d’un pendule, est capable, dans certaines conditions, de réaliser des découvertes étranges.
Voici le fait : au printemps de 1930, le général P… du Service Géographique de l’Armée, me raconta qu’il venait de recevoir la visite du colonel M…, qui lui proposait la création, au sein de ce Service, d’une section de radiesthésie ; nous avons bien ri ensemble à propos de ce projet. Pour appuyer sa proposition, le colonel assura que, le matin même, il avait constaté en sortant de chez lui, qu’un paquebot se rendant de Marseille à Alger, son immobilité pendant trois jours en pleine Méditerranée. Le lendemain, Le Journal signalait qu’une avarie de machine avait immobilisé, pendant trois heures, ce même navire, le paquebot faisant le service Marseille-Alger.
J’ai considéré ce fait comme suffisant pour prouver l’existence de ce que le colonel appelait « radiesthésie » : en effet, l’expérimentateur avait découvert, au moyen d’une procédure spéciale, une vérité très particulière qu’il ne pouvait connaître par d’autres moyens. À partir de ce jour, j’ai cru à ce procédé divinatoire, tout en pensant qu’il était réservé à des êtres spéciaux, probablement névropathes, mais en n’envisageant nullement qu’un homme quelconque, moi-même par exemple, pût réaliser des prouesses si exceptionnelles.
Vous concevez maintenant mon état d’esprit en sortant de la conférence que je viens de raconter. Il s’établit ainsi :
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Il y a quelque chose de réel dans la radiesthésie ;
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La conférence du capitaine Ch… est de nature à éloigner de cette opinion ceux qui ont le culte de la vérité scientifique ou simplement le goût du langage clair et objectif.
C’est afin d’écarter cette impression, que je jugeais susceptible de propager l’erreur plutôt que de rapprocher de la vérité, que j’ai voulu faire quelque chose : une décision rapide m’a été suggérée par la remarque très à propos du commandant Sarraz-Bournet, directeur des Cours et Conférences :
– « Mon commandant, veuillez, je vous prie, m’inscrire pour une conférence sur la radiesthésie. »
– « Vous y connaissez donc quelque chose ? »
– « Moi ? Rien : mais d’ici la conférence je me serai documenté. »
L’annonce de ma conférence me met en relation avec des radiesthésistes professionnels et des amateurs chevronnés, très nombreux à l’Oflag, mais dont les récits, à l’exception de rares, il est impossible d’extraire une idée générale ou un principe directeur capable de satisfaire un esprit positif. Je me résous donc à bâtir une théorie mathématique en partant du calcul des champs différents produits et en déduisant leurs variations en grandeur et direction dues à la conductibilité du sol : j’en déduis théoriquement toutes les ondes hertziennes sur terre et sur mer, leur absorption par les arbres ou les obstacles verticaux et les affaiblissements produits par l’état du sol d’après les expériences que j’ai faites à Fontainebleau. En somme, je traite la question des radiations et j’amène les auditeurs à trouver tout naturel qu’une discontinuité de terrain (faille) ou un cours d’eau provoque une variation dans la réception d’un appareil électromagnétique et, pourquoi pas ?, une modification capable d’affecter le corps humain lui-même.
Tout l’auditoire est satisfait : les professeurs de sciences physiques et naturelles sont contents d’avoir entendu des termes de leur langage employés dans leur sens exact ; ceux qui ne les connaissaient pas emportent l’impression d’une conférence au sens scientifique… en somme j’ai obtenu le résultat que j’avais désiré : réhabiliter, dans l’esprit de ceux qui sont aptes à comprendre un langage précis, la croyance en une radiesthésie comportant une base scientifique.
La conférence terminée, des félicitations mes camarades disciples et scientifiques ne sont adressées, ce sont des compliments très agréables. Mais le lendemain ! Vers 8 h 45, aussitôt après l’appel, un officier vient me trouver :
– « Mon colonel, puisque vous êtes un grand radiesthésiste, je vous prie de me dire où se trouve ma femme. »
Derrière lui je vois une queue de « clients » du même genre et je commence à regretter mon imprudence car je n’ai pas d’instrument, pas de méthode… je n’ai même jamais vu travailler un radiesthésiste. J’ai envie d’avouer la vérité mais je réfléchis rapidement que si j’avoue ne rien connaître à la radiesthésie :
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je perds la face — ce dont je me moque,
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je détruis tout l’effet que j’ai obtenu avec peine et les radiesthésistes risquent d’être complètement « coulés » dans l’esprit des auditeurs : elle va devenir le sujet de moqueries imméritées. Au nom de la vérité je ne peux m’y résoudre.
Comme, d’autre part, les « clients » ignoreront la réponse à leurs questions (l’arrivée des lettres est encore lointaine) je puis gagner du temps et risquer un essai : d’où il sortira peut-être quelque chose.
Je fais donc ma chevalière, la suspends à un fil et cherche sur une carte de France : ces opérations me donnent le temps de juger sainement la situation et de préparer logiquement une expérience.
Voici ce qui est mon raisonnement. Deux cas sont à envisager :
– ou bien je ne peux pas savoir où se trouve cette passagère dont on me confie une photographie. Admettons que je puisse le savoir : sinon tout effort est vain. Cette connaissance qui va me parvenir se dégagera d’autant plus facilement que ma méthode de recherche sera plus simple. Que faire avec un pendule ? Peut-être attendre qu’il tombe… Mais je vais donc promener ma bague, pendule improvisé, au-dessus d’une carte de France avec l’idée qu’il tournera à la verticale du nom représentant la ville où s’est réfugiée la jeune femme.
Au bout de quelques secondes, il me semble que le pendule se met à tourner, plus exactement à décrire des ellipses de plus en plus aplaties : en le déplaçant doucement, je trouve un point où le mouvement du pendule est circulaire, le centre de ces cercles étant un nom. Le sort est consulté : j’annonce à ce premier consultant que sa femme est à Vannes et je prie le sous-officier de prendre soin de sa réponse à laquelle je n’ajoute aucune assurance particulière. Je proclame ainsi une fiancée à Chartres, une mère à Marseille, un frère à Bordeaux, etc.
À la fin de la journée j’avais inscrit, car je voulais vérifier plus tard mes résultats, onze villes dont je relisais les noms avec une certaine inquiétude qui redoubla le lendemain 30 juin quand je vis venir vers moi une longue file de clients. Je n’avais plus rien à inventer et je continuais sans la moindre honte à distribuer des renseignements que
j'enregistrai scrupuleusement sur un cahier: date, nom du consultant, demande et réponse... en songeant désagréablement aux vérifications (!) qui seraient fournies par les lettres des mères, femmes et fiancées...
Des contrôles furent obtenus le jour même car plusieurs officiers comme le colonel C... me dirent à l'énoncé du ré-sultat: « Je le savais : je voulais simplement vérifier vos étonnantes facultés de radiesthésiste ».
Les vérifications se succédèrent rapides et assez nombreuses ; je les reçues avec un grand réconfort mais je dois dire, en toute franchise, que mes progrès sont dus surtout aux erreurs, ce qui n'étonnera aucun esprit scientifique.
En voici une intéressante: le 1° juillet, le capitaine G... me demande de lui indiquer où se trouve sa femme et me présente la photographie d'un groupe de six personnes parmi lesquelles il me désigne Mme G... Je découvre celle-ci à Auxerre ce qui surprend le capitaine, lequel me dit avec un sourire: « Je vois d'où vient votre erreur: vous avez votre pouce sur une jeune fille d'Auxerre ». Je recommence en priant cette jeune fille de disparaître pour ne plus me gêner et surtout en regardant attentivement la personne à rechercher; j'annonce « Mâcon » et le capitaine me dit: « Ah bon! Je vous remercie: elle est allée chez sa cousine; c'est parfait ».
Par la suite, j'ai évité cette erreur en cachant sur la photo d'un groupe les personnes étrangères à la question.
Une autre erreur : j'indiquai à Royat la femme du colonel L... alors qu'elle était à Bagnères-de-Bigorre; mais elle avait passé deux jours à Royat chez une amie avant de se rendre à sa résidence définitive. Ce genre d'erreurs a été évité en cherchant la localisation actuelle du sujet et non une quelconque dans le temps.
Il faudrait plusieurs volumes pour exposer toute la série des expériences qui m'ont amené à découvrir le processus exact de l'opération radiesthésique et, par conséquent, à savoir exactement ce qu'il faut faire pour réussir.
Ami lecteur, excusez-moi de retarder un instant encore vos premiers travaux: je veux simplement ajouter que cet art passionnant de la radiesthésie est à la portée de tout être humain doué d'un minimum d'adresse et capable d'un travail où la méthode ne fait pas place à la superstition.
Quand vous aurez acquis une certaine virtuosité et que votre pendule sera devenu la clef d'un monde qui vous échappe encore, ne gardez pas pour vous cette connaissance merveilleuse afin que tous les vôtres en profitent et afin de mener avec nous une lutte victorieuse contre nos deux ennemis, les ignorants et les charlatans.

Dans cet extrait, l’auteur évoque l’utilisation des baguettes et du pendule. Ces outils peuvent être employés dans la recherche d’objets, d’animaux et même de personnes. Cependant, lorsqu’il s’agit de retrouver une personne, il est important de souligner un point d’attention éthique : une telle recherche ne devrait être réalisée qu’avec l’accord de l’intéressé ou de ses proches.